Pourquoi le Burundi est-il mal gouverné? Jérémie Minani nous fait le point.

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Pourquoi le Burundi est-il mal gouverné?

Quand je dis que notre pays est mal gouverné, je songe en premier lieu à la corruption et aux malversations économiques, ces deux fléaux qui gardent la masse populaire exclue de la richesse collective. Au premier rang des malversations économiques figure une multitude d’institutions et de programmes inutiles financés par l’argent du public à des milliards de nos francs.

Ce que je vais que la masse populaire comprenne, c’est que la suppression de ces institutions et programmes inutiles va nous économiser près de la moitié de notre budget annuel que nous pouvons réorienter dans des programmes prioritaires comme la gratuite l’éducation primaire et secondaire obligatoire, les soins de santé universels, l’énergie, la relance de l’économie, la création des emplois,  etc.

J’en donne exemple :

Le Sénat du Burundi est une institution totalement inutile dont la suppression est une urgence. Toutes ses attributions peuvent être reprises par l’assemblée nationale.

La deuxième vice-présidence est une institution totalement inutile. Ses attributions peuvent être reprises par la première vice-Présidence.

Les  provinces sont complètement inutiles et elles nuisent sérieusement à l’autonomie des communes dirigées par des autorités communales élues au suffrage universel. Leur suppression réalisera l’unité territoriale et nous épargnera du virus du régionalisme en gestation. Les attributions des gouverneurs seront reprises par les administrateurs communaux élus au suffrage universel.

La Cour des comptes est une institution inutile et doit être supprimée. Ses attributions peuvent être reprises par l’assemblée nationale.

Les attributions de la Cour anti-corruption peuvent être reprises par les cours et tribunaux existantes de droit commun existants (les cours d’appel par exemple). Je rappelle d’ailleurs que cette Cour anti-corruption n’a pas la compétence de poursuivre les hauts dignitaires de l’Etat alors que c’est pour que eux qu’elle aurait dû être créée car, étant les plus corrompus ; ce qui pose la question de son utilité et son efficacité.

Les juridictions spécialisées doivent disparaître et leurs attributions reprises par les juridictions de droit commun existantes.

La Cour Constitutionnelle doit absolument disparaître et ces attributions reprises par la Cour Suprême. Les juges de la Cour Constitutionnelle sont des godillots du Président de la République, ils doivent être remplacés par des juges indépendants et impartiaux.

Treize ministères doivent être complètement supprimées et leurs attributions reprises par les 10 ministères restants.

L’institution de l’ombudsman est inutile dans notre pays, elle est un pur gaspillage de l’argent du contribuable burundais.

Il y en a trop d’institutions et programmes inutiles, je m’arrête seulement à ceux-là juste pour donner des exemples.

Les autres malversations économiques s’observent dans le charroi de l’Etat. Dans l’achat des véhicules et leurs Coût, dans leur entretien, dans  le carburant, dans les assurances de ces véhicules et le personnel en charge, il y a des malversations économiques et une corruption de grande ampleur. Nous devons appliquer la politique du charroi zéro. Il est absurde de donner des véhicules de fonction aux hauts fonctionnaires qui sont par ailleurs les mieux payés. Celui qui ne peut pas s’acheter un véhicule doit prendre un bus de transport en commun ou faire une marche pour rejoindre le travail.

S’inscrit au menu des malversations économiques, le loyer de l’Etat : l’Etat du Burundi dépense plus de 200 milliards de nos francs dans le loyer des bureaux et résidences des hauts dignitaires qui sont par ailleurs propriétaires de plusieurs villas de luxe.

Or, toutes ces villas de luxe que l’Etat du Burundi est en train de louer ont été construites en utilisant l’argent du contribuable. Comme ceux qui ont détourné cet argent font partie du système bourgeois en place, ils font louer ces villas à l’Etat du Burundi pour leur propre compte. Mouillé dans la corruption et ne pouvant pas scier la branche sur laquelle il est assis, le CNDD-FDD est incapable de récupérer ces villas pour les retourner dans le domaine public, et, ce faisant, il laisse l’Etat du Burundi louer des villas qui, normalement, devraient lui être retourné.

Pire encore, la location de ces villas par l’Etat du Burundi se fait d’une façon mafieuse sans aucun appel d’offre, ce qui est comprend si l’on sait que les propriétaires de ces villas font partie du système en place, ce qui engendre trop de corruption et des profits d’intérêt aboutissant à des prix de loyer de loin supérieurs aux prix réels des villas loués.

Illustrons ceci par un exemple d’un ancien président de la République qui a puisé dans la caisse de l’Etat pour acheter une villa de luxe à Kiriri pour un montant d’un demi-milliard de nos francs.  Après l’achat de cette villa, il l’a fait enregistrer sur le nom de son épouse. Le même ancien président a puisé dans la caisse de l’Etat pour se construire une villa gratte-ciel dans le centre-ville équivalent à trois milliards de nos francs.

En sa qualité d’ancien président de la République et de sénateur à vie, l’Etat du Burundi doit lui offrir une villa de luxe d’habitation et un bureau de travail privé en plus de celui qu’il a au sénat. L’Etat du Burundi a alors  loué la villa de cet ancien président (enregistré sur le nom de son épouse) et un bureau de luxe se trouvant dans son gratte-ciel pour servir respectivement de résidence et de bureau privé de cet ancien président.
Au plan des malversations économiques, citons aussi le mal absolu que constitue le train de vie des dirigeants qui vivent dans une opulence de loin supérieur à celle de la bourgeoisie occidentale dans un pays qui enregistre le plus haut niveau de faim en Afrique sub-saharienne, un pays classé parmi les 10 pays les plus pauvres de la planète avec plus de 70% de la population vivant en dessous du seuil de la pauvreté.

Reprenant l’exemple du même ancien président de la République,  en plus des deux villas de luxe lui servant respectivement de résidence et de bureau , il bénéfice d’un salaire de plus de 2 millions de nos francs par mois non imposable, il bénéficie des intendances, d’une indemnité de retraite pour avoir été président de la République , il dispose de plusieurs véhicules de fonctions avec des assurances omnium, de plusieurs membre du personnel et plusieurs militaires à son service, il bénéficie du carburant gratuit, d’un téléphone gratuit, de l’eau et de l’électricité gratuite, pour ne citer que cela, le tout à un montant envoisinant les 25 millions de nos francs par mois, payés par un contribuable burundais qui mange à peine une fois jour ou une fois les deux jours. Je fais remarquer qu’un enseignant de l’école primaire qui gagne  50 mille francs par mois devra travailler 50 ans pour accumuler ce montant, ce qui signifie qu’il atteindra sa retraite sans accumuler ce montant.

Or, en réévaluant notre budget national ligne par ligne pour éliminer ces malversations économiques, notre pays économisera plus de la moitié de son budget national, soit plus d’un demi-milliard de nos francs, que nous pouvons réorienter dans des programmes prioritaires comme l’éducation gratuite et obligatoire, les soins de  santé universels, la création des emplois, la construction des infrastructures publiques qui nous coûtent des milliards de nos francs dans le loyer par an, etc.

Devant une masse populaire qui meurt de faim à cause de la pauvreté, notre pays ne peut plus se payer le luxe de financer des programmes et institutions inutiles seulement parce qu’ils sont prévus par les accords d’Arusha ou par la Constitution. Ces textes ne sont des lois de droit divin, ils peuvent être amendées ou totalement modifiés à condition que ça soit dans l’intérêt du peuple burundais et jamais de celui des détenteurs du pouvoir.

C’est pourquoi je m’oppose à certains politiciens qui, motivés par des intérêts personnels de conquérir le pouvoir et servir les intérêts exclusivement bourgeois, continuent d’expliquer à la masse populaire préoccupée par sa survie immédiate, qu’il ne faut toucher à  l’accord d’Arusha alors que cet accord consacre les mêmes politiques injustes, inefficaces et discriminatoires qui mettent toujours la masse populaire dans une position de servage.

Si un chef de ménage élabore un budget mensuel pour sa famille et qu’au milieu du mois il se rend compte qu’il n’a pas assez d’argent pour couvrir toutes les dépenses prévues dans le budget, il doit réévaluer son budget pour éliminer des dépenses facultatives et ainsi réorienter le reste de l’argent dans les dépenses prioritaires. A moins d’avoir un trouble mental, il ne peut pas allouer une partie de son budget aux vacances touristiques alors qu’il n’a pas encore payé sa carte d’assurance-maladie, son stock de nourriture ou les frais de scolarité de ses enfants à sa charge.  C’est la même logique que l’on utilise quand on est un bon dirigeant.

A partir de cette petite analyse, vous comprendrez peut-être pourquoi je veux faire table rase du système mafieux en place, qui, s’il n’est détruit, gardera la masse populaire exclue de la richesse collective.

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2 réflexions sur “Pourquoi le Burundi est-il mal gouverné? Jérémie Minani nous fait le point.

  1. Ce ne sont pas les bonnes idees qui manquent. C’est plutot la volonte politique qui est inexistante.

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